De la performance à l'utilité de l'économie

Matérialisme neuroscientifique et réchauffement climatique

Intérêts de ces recherches :

  • Comprendre l'architecture psychique à l'origine du réchauffement climatique
  • Comprendre les mécanismes de l'échec de la performance économique du paradigme dominant
  • Poser les jalons d'un modèle d'économie, adapté à l'identité épigénétique des zones tropicales, comme levier contre le réchauffement climatique

Champs d'étude:

biologie, épigénétique, anthropologie (naturalisme), sciences cognitives, économie politique


Université d'Accueil : Cheikh Anta Diop de Dakar

Univesités associées : King's College London (epigenetics laboratory), University of Edinburgh (Cognitive Sciences).


Objet de la recherche :

Peut-on lutter efficacement contre le réchauffement climatique sans remettre en cause le matérialisme neuroscientifique ? A priori, établir une causalité entre les deux semble improbable. Et pourtant, c'est dans cette causalité que se trouve l'une des explications les plus objectives du réchauffement climatique.

L'analyse du matérialisme neuroscientifique comme cause structurelle du réchauffement climatique est un processus intellectuel long, fastidieux et extrêmement complexe. C'est un processus interdisciplinaire impliquant, successivement et principalement, la philosophie des sciences cognitives, le naturalisme, l'épigénétique et l'économie politique. À partir, notamment, de la philosophie des sciences cognitives, nous pouvons illustrer et décrire méthodiquement l'architecture de la psyché telle que déterminée par la doctrine du matérialisme neuroscientifique. Cette architecture reflète un système psychique spécifique, fondé exclusivement sur des dynamiques biologiques. Nous pouvons montrer comment ce système ferme toutes les portes à l'émergence du libre arbitre, de la responsabilité et de la raison ; nous pouvons démontrer que ce système subordonne le conscient à l'inconscient et enferme toute dynamique humaine et sociale dans un égocentrisme radical. Cet égocentrisme radical, jumelé à l'inhibition de la raison, est contreproductif pour la société et, à long terme, pour l'humanité, voire pour l'ensemble des vivants. Nous pouvons montrer que cet égocentrisme radical est transmis, biologiquement, à la conscience par des dynamiques de l'inconscient sous forme de pression (nous verrons plus tard comment calculer la valeur de cette pression) ; le niveau de cette pression dépend des circonstances.

Ce décor étant planté, nous devons établir les liens entre le système psychique illustrant la configuration psychique selon le matérialisme neuroscientifique et le paradigme dominant de l'économie.

Le principal argument crédible permettant de créer des ponts entre le système illustrant l'architecture psychique selon le matérialisme neuroscientifique et le paradigme de l'économie post-néoclassique (Arnsperger, Full-Spectrum Economics, 2010)[1] est le principe de la rationalité économique (Stiglitz, Walsh & Lafay, Principes d'économie moderne, 2004)[2]. Rappelons que le paradigme de l'économie post-néoclassique, couramment appelé paradigme de l'économie néolibérale, est le paradigme dominant propagé à travers la planète depuis le début des années 1990 avec la mondialisation.

Dès lors, d'un point de vue psychique, si le matérialisme neuroscientifique tend à être le miroir du paradigme de l'économie post-néoclassique, alors, à partir des dynamiques biologiques, nous pouvons facilement dresser le portrait psychique d'homoeconomicus. Ce portrait permettra de comprendre pourquoi la notion actuelle de performance économique est connotée et normativisée ; il permettra de comprendre pourquoi cette normativisation saborde la mission fondamentale de l'économie en méprisant l'optimalité de la performance ; dans ce sillage, il permettra de comprendre pourquoi cette performance est contreproductive pour le bien-être, voire pour la survie des vivants ; il permettra de comprendre pourquoi, à la place de cette performance, il faut envisager l'utilité de l'économie. Rechercher l'utilité, dans ce contexte, c'est revenir à l'optimalité de la performance (sens générique) de l'économie. Ce retour vers l'optimalité correspond exactement à la décroissance. Par ailleurs, ce portrait permettra aussi d'établir la causalité entre consumérisme et réchauffement climatique ; il permettra de comprendre les difficultés liées à une inflexion comportementale de nos jours ; il permettra de comprendre pourquoi le choix de l'identité épigénétique des populations appartenant aux zones tropicales est une option crédible au retour vers l'optimalité ; il permettra de définir les critères de l'optimalité économique ; il permettra de comprendre pourquoi revenir à l'optimalité n'est pas un handicap au bien-être, mais un atout ; etc.

Enfin, pour répondre à la question de départ, nous montrerons que le matérialisme neuroscientifique est tacitement le creuset du paradigme dominant de l'économie ; le premier légitime le second. Donc, pour comprendre techniquement les causes structurelles du réchauffement climatique et, en même temps, les difficultés à y faire face, il faut comprendre l'architecture psychique d'homoeconomicus. Et les meilleurs outils pour le faire sont apportés par la vision du matérialisme neuroscientifique. Dès lors, si l'on montre que cette vision pervertit ou dévoie la réalité du système psychique, alors le principe de la rationalité économique s'effondrera sur lui-même. Cet effondrement ouvrira des voies réalistes et structurelles à la valorisation des comportements adaptés à la lutte contre le réchauffement climatique.


Méthodologie :

La méthodologie se subdivise en quatre étapes.

Étape 1 : Mise en lumière du système psychique humain

À partir de l'étymologie de la notion d'âme, nous établissons l'architecture du système psychique de l'Être humain. Cette architecture repose sur les interactions entre deux instances psychiques distinctes et autonomes (une dynamique de l'inconscient et une du conscient) ; ces instances interagissent pour assurer la conservation de l'Être humain. Nous mettons en lumière l'existence d'un déterminisme biologique ; nous y démontrons que ce déterminisme n'est pas radical, mais relatif. Ce caractère relatif traduit (ou reflète) l'autonomie du conscient. Cette observation est fondamentale, car elle permet de montrer très précisément comment émergent le libre arbitre, la responsabilité et la raison chez l'Être humain.

Le schéma du système psychique suivant est celui obtenu à la suite de ces réflexions.


Architecture of the psychic system


Étape 2 : Mise en lumière du système psychique selon le matérialisme

D'après la logique du matérialisme neuroscientifique, « psyché est corporelle » [3]. Cette logique traduit un déterminisme biologique radical qui enferme la dynamique du conscient dans celle de l'inconscient. Précisément, les dynamiques biologiques sont les seules sources d'information de la conscience. Dès lors, elle aboutit à l'avènement théorique d'un système empêchant les émergences du libre arbitre, de la responsabilité et de la raison. Nous démontrons méthodiquement que cette logique est, au mieux, une erreur d'interprétation d'expériences y afférant (Libet, 2004 ; Wegner, 2002). Ainsi, puisque le système psychique est formé de deux entités autonomes, le matérialisme neuroscientifique est un artifice ; il distord la réalité ; c'est une illusion.

Le schéma suivant est celui du système psychique selon le matérialisme neuroscientifique :

[…]


Étape 3 : Mise en lumière du système psychique d'homoeconomicus

En partant du principe de la rationalité économique, nous établissons des liens entre la doctrine du paradigme post-néoclassique et la logique du matérialisme neuroscientifique. Ces liens donnent toutes les indications pour déterminer les bases comportementales d'homoeconomicus ; ils permettent d'établir le portrait de son système psychique. La dynamique de ce portrait illustre une libération du potentiel du désir humain qui, concomitamment, libère la puissance de l'autorité de l'inconscient. Ce sont ces libérations successives qui rendent possibles le consumérisme et, donc, la croissance perpétuelle, objectifs intermédiaires essentiels à la société économique. Ces libérations radicalisent l'égocentrisme en homoeconomicus. Combinés à cette radicalisation, le consumérisme et l'inhibition de la raison structurent et entretiennent le réchauffement climatique.

Le schéma suivant est celui du système psychique d'homoeconomicus :

[…]


Étape 4 : Proposer un modèle de retour vers l'optimum économique à partir d'une identité épigénétique

À partir des conditions climatiques, nous dresserons les identités épigénétiques des peuples par zone. Ces identités permettent de comprendre les facteurs à l'origine du dépassement du point d'optimalité et, donc, de la nuisibilité de la performance économique selon le paradigme PCN. Pour ce faire, nous montrerons comment le climat a façonné de manière différenciée le système psychique des peuples en autarcie dans le temps. Le système psychique de chaque peuple, façonné via l'épigénétique, représente un modèle spécifique. Parmi ces modèles, certains sont plus adaptés pour permettre de réaliser un retour vers l'optimalité de la performance économique.


[1] Christian Arnsperger, Full-Spectrum Economics, p.3, Routledge, 2010.

[2] Joseph Stiglitz, Carl Walsh& Jean-D Lafay, Principes d'économie moderne, 2e édition, p.28, 2004.

[3] Françoise Coblence « La vie d'âme. Psyché est corporelle, n'en sait rien », Revue française de psychanalyse, 74/5, (2010), p. 1285-1356, 2010.

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